« L’austérité  » y’a pas [une personne] qui va mourir de ça  » ou comment la logique économique des libéraux n’est pas logique. »

Voici un texte d’Olivier Provencher St-Pierre, étudiant à la maîtrise en philosophie à l’Université Laval.


N’en déplaise au gouvernement libéral de Philippe Couillard, un État ne se gère pas comme un porte-feuille. L’analogie entre finances étatiques et finances personnelles est fausse. Elle est cependant utile pour qui souhaite asseoir son autorité et sa légitimité en terme de prise de décisions sur le plan des politiques économiques : dès lors que l’on consent à cette « logique » qui n’a pour fondement qu’un sens commun informé par l’opinion et le rabattage d’oreilles médiatique, il ne manque qu’une équipe d’économistes pour nous convaincre que le gouvernement au pouvoir est compétent et qualifié pour diriger – nous diriger. Mais si tant qu’il nous faille lui faire aveuglément confiance, nous sommes tout de même en droit de nous demander pourquoi nous devrions écouter ces économistes-là plutôt que les autres, ceux qui affirment, par exemple, que les politiques d’austérité sont nocives plutôt que souhaitables.

Mais quoi ! S’il nous faut prêter notre confiance sur la base d’un argument d’autorité, autant ne pas le faire à moitié : tournons-nous plutôt vers quelqu’un qui fait véritablement autorité dans son domaine, qui a reçu un prix Nobel, par exemple, comme c’est le cas de Joseph Stiglitz, cet économiste de renommée internationale qui présente quant à lui l’austérité comme une « idée nocive », comme une « grave maladie »[1] ; ou bien référons-nous au rapport que le FMI[2], autrefois fervant défenseur des mesures d’austérité, a émis en 2012, rapport selon lequel les mesures d’austérité, en diminuant le pouvoir d’achat, font ralentir l’économie, augmenter le taux de chômage et diminuer la confiance des investisseurs[3] Bien sûr, il s’agit là d’un argument sophistique – un argument d’autorité contre un autre ! Il n’en demeure pas moins que nous sommes en face d’un véritable dilemme : quelles raisons avons-nous, en effet, de prêter foi à un discours plutôt qu’à un autre ? Avons-nous seulement de bonnes raisons – des raisons réfléchies, argumentées, éclairées – de faire un tel choix ? Et ne nous est-il pas permis, de la même manière, de demander à l’actuel gouvernement de nous fournir des raisons pour lesquelles il croit qu’il est préférable d’opter pour des mesures d’austérité plutôt que des mesures de relance afin de revitaliser l’économie québécoise ?

Il est vrai que le gouvernement Couillard a martelé ad nauseam que ces mesures étaient un mal nécessaire, une fatalité à laquelle nous devrions « toutes et tous » nous plier. Mais cela revient à faire comme si aucun autre état n’avait été touché par la crise économique de 2009, c’est là faire fi de cas réels à propos desquels nous disposons de données statistiques probantes et qui témoignent des effets de tel ou tel autre choix économique en matière de politique de sortie de crise.

Si tant est que le gouvernement Couillard s’avère, comme il le prétend, être le gouvernement des « vraies affaires », il faudra qu’il nous explique pourquoi il préfère, dans ce cas, la « vérité » de calculs économiques abstraits à celle d’exemples concrets, réels et parlants pour asseoir ses décisions.

Lorsque l’on compare le cas de pays ayant opté pour des politiques de relance plutôt que pour des politiques d’austérité, un constat flagrant s’impose à nous : les premiers se portent beaucoup mieux maintenant que les seconds. Mais encore ? On constate qu’à court terme, les effets des coupures en santé et dans les services sociaux dans les pays ayant subit des politiques d’austérité ont eu des conséquences dramatiques sur la santé du corps social. À cet égard, l’exemple de la Grèce est parlant : augmentation de 200% des infections au VIH, taux de suicide multiplié par deux, hausse des homicides, retour de la malaria[4] (de quoi inquiéter un médecin non ?). À l’inverse, l’on n’observe rien de comparable dans le cas d’un pays comme l’Islande, pays qui a pourtant aussi connu une crise bancaire sans précédent. Pourquoi ? Parce que l’Islande a choisi de garder intact et même de renforcer son filet social au lieu de lui imposer des coupures drastiques. Conclusion ? Ce qu’il y a de plus meurtrier à l’échelle d’un état ce n’est pas la crise économique comme telle ni la dette publique : ce sont bel et bien les choix de politiques économiques.

Non seulement cela, mais un tel exemple vient invalider la prétendue compétence des libéraux même en ce qui a trait à l’économie pure et simple. Pourquoi ? La logique libérale derrière les politiques d’austérité veut que l’on accepte de subir un appauvrissement à court terme pour bénéficier d’un enrichissement à long terme. Cette même logique omet cependant de prendre en compte les incidences concrètes des mesures d’austérité qu’elle impose. Comment, en effet, une population malade peut-elle travailler et ainsi produire la richesse nécessaire à la relance de l’économie ? Comment les politiques d’austérité peuvent-elles créer des richesses à long terme alors qu’elles créent des morts à court terme ? Certes l’argument est tendancieux (l’est-il vraiment ?), mais ne vient-il pas d’ores et déjà émécher la logique libérale ?

Nous devrions nous rappeler que ce sont les individus qui sont producteurs de richesse. Pour reprendre les mots (éloquents) de Stuckler et Basu cités plus haut (p.9), « [l]’économie n’est pas détachée du social. Ils se déterminent mutuellement. » C’est en effet par la force du travail individuel et collectif que nous pouvons espérer prospérer autant économiquement que culturellement et socialement. Nous devrions peut-être, en ce sens, rappeler à ceux qui prétendent nous gouverner que la question économique n’est pas la seule qui importe lorsqu’il s’agit d’être un gouvernement «responsable ».

Olivier Provencher St-Pierre

Maîtrise en philosophie, Université Laval


[1]           http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/375627/l-austerite-quelle-ideetoxique
[2]           Fonds monétaire international. « World economic outlook, Coping with high Debts and Sluggish
 Growth, octobre 2012.
[3]           D.Stuckler et S. Basu. Quand l’austérité tue – épidémies, dépressions, suicides : l’économie
 inhumaine, Paris, Autrement, 2014, p.31. Les propos tenus dans la présente empruntent en majeure partie à cet excellent ouvrage.
[4]              Ibid. 
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« Comment gérer un conflit étudiant en 5 étapes faciles » par Anne-Sophie Alain, Julien Ouellet et Charles Ouellet.

Voici le second texte à propos des événements de ce printemps publié sur l’Immédiat.
Il s’agit d’un texte écrit par Anne-Sophie Alain, Julien Ouellet et Charles Ouellet, étudiants à la maîtrise en philosophie à l’Université Laval.
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Le ministre de l’Éducation, François Blais, gère le conflit étudiant de manière irréprochable. Sa finesse et son tact exemplaires devraient inspirer les gouvernements futurs. À la vitesse à laquelle s’enchaînent les ministres de l’Éducation, nous proposons un guide facile en 5 étapes que pourront consulter les successeurs de notre brillant ministre.

1) Feindre l’inexistence du mouvement

Si une grève se déclare et que vous redoutez qu’elle ne prenne de l’ampleur, rien de mieux que de nier l’existence même du mouvement. Dites-le et ils vous croiront!
Si, malgré tous vos efforts, des citoyens remarquent des manifestations, prenez comme comparatif une contestation antérieure qui fut un succès, et suggérez que la présente opposition n’a aucune commune mesure avec cette autre. « Des étudiants en colère? Où ça? »

2) Attaquez la cohérence du mouvement

Les radios d’opinion et votre équipe de presse ont failli à leur tâche : les citoyens reconnaissent qu’il y a bel et bien un mouvement social en cours. Pas de panique! Si le nombre des revendications des étudiants dépasse «1», accusez-les de ne pas savoir ce qu’ils veulent. «Vous luttez pour la gratuité scolaire ou contre la hausse des frais de scolarité? Branchez-vous!»

3) Méprisez l’adversaire

Vous craignez que la dernière mesure ne soit pas suffisante? Présentez les étudiants comme étant des enfants illettrés qui ne savent pas ce qu’ils veulent. Pour ce faire, optez pour une attitude paternaliste. Les radios d’opinions vous offriront une tribune de choix. Avec de la chance, des humoristes sauront saisir l’occasion d’humilier davantage les étudiants. Enfants rois, casseurs, tous les amalgames sont permis!

4) Associez la violence au mouvement

Profitez du premier incident entre un étudiant contestataire et un honnête citoyen pour jeter le discrédit sur l’ensemble du mouvement.

Si les étudiants demeurent toutefois pacifiques, envoyez une horde de policiers sur les campus pour les encercler. Indignés, quelques étudiants abîmeront certainement des biens matériels. Nul besoin de filmer vous-mêmes : les médias de masse saisiront l’occasion d’augmenter leurs cotes d’écoute. Vous n’aurez qu’à dire que vous «dénoncez cette violence».

5) Punissez

Après être passé par les quatre étapes précédentes, vous auriez l’air ridicule de tenter d’ouvrir le dialogue avec ces sous-citoyens. C’est pourquoi nous recommandons l’usage de la force. Les contestataires recevront amendes, injonctions et se verront expulsés!

Les quatre premières étapes, ayant forgé l’opinion publique, feront en sorte que la brutalité policière sera chaudement applaudie. S’ils ne comprennent pas que leur combat est peine perdue, rappelez-leur qui détient le monopole de la violence légitime.

Un ignorant aurait pu croire que le dialogue eût été une solution plus facile. Fort heureusement, François Blais, fin philosophe, nous rappelle que le dialogue n’est jamais une solution.

« Objectif 2015 : Mobiliser les étudiants derrière un mouvement de travailleurs politiques » par Alexandre Geoffroy

Voici un texte d’Alexandre Geoffroy, étudiant en philosophie à l’Université Laval, qu’il présente comme un texte d’opinion sur le Printemps 2015, rédigé dans une perspective marxiste.


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Objectif 2015 : Mobiliser les étudiants

Derrière un mouvement de travailleurs politiques

 

Ça vous irrite cette tension autour de la lutte des étudiants? Ça se nomme la polarisation sociale. Il va falloir s’y habituer et y faire son chemin, car cette polarisation, alimentée par une dépression économique mondiale, va en s’approfondissant et en s’accélérant.

Une société qui repose sur de hautes technologies implique la formation universitaire d’une large partie de ses membres. Aujourd’hui, des dizaines de milliers de futurs travailleurs (les étudiants) déboursent des milliers de dollars pour une formation qui va peut-être leur permettre de trouver un emploi. Afin d’être en mesure de survivre sous le capitalisme, c’est-à-dire de vendre leur force de travail à un détenteur de capitaux contre un salaire, ces jeunes doivent préalablement suivre une longue formation.

Ces futurs travailleurs déboursent de plus en plus d’argent pour recevoir une éducation qui est de moins en moins de qualité, et ce, du primaire à l’université. Pourquoi cette école n’offre-t-elle pas une éducation de qualité? Selon Jack Barnes, secrétaire du Parti des travailleurs socialiste aux États-Unis, c’est parce que « l’école sous le capitalisme n’est pas une institution d’apprentissage, mais de contrôle social, avec pour but de reproduire les relations de classe et les privilèges de l’ordre existant. » Il souligne aussi que, « jusqu’à ce que la société soit réorganisée de façon à ce que l’éducation soit une activité humaine de notre prime jeunesse à notre mort, il n’y aura pas d’éducation digne de l’humanité travailleuse et créatrice. » [La classe ouvrière et la transformation de l’éducation : l’imposture de la réforme de l’école sous le capitalisme, par Jack Barnes]

En fait, les détenteurs de capitaux et leur gouvernement ne souhaitent pas organiser le développement de la société autant à l’usine qu’à l’école. Pour réaliser le moindre profit immédiat, ils sont prêts à laisser tomber la machinerie en désuétude, à détruire notre environnement naturel et culturel, et à réduire l’état de notre éducation et de notre santé au minimum de l’employabilité. Les étudiants ne sont ni des carriéristes ni de futurs riches. Ils veulent simplement cheminer vers une place dans la société, une place où ils peuvent se reconnaître. La place, ils la conquièrent sur les bancs d’école. La reconnaissance – faire partie du processus où les êtres humains décident ensemble du plan d’organisation de la société – on leur dit qu’ils n’y ont pas droit, tout comme les chefs d’entreprise réduisent les travailleurs au silence en les forçant à n’être que l’extension d’une machine.

Certains étudiants ont décidé de relever la tête, de regarder le gouvernement et sa police dans les yeux et de prend la parole. Or, par ce geste, ils apprennent énormément et nous tous avec eux. Premièrement, ils ont le courage de surmonter leur manque d’expérience et de se sortir de l’isolement : c’est de cette confiance en soi que les travailleurs ont besoin. Deuxièmement, ces jeunes font face à des défis et ont des besoins qui ont pris de nouvelles formes. Ils veulent donc bâtir une société à partir de cette nouvelle réalité : c’est ce type d’engagement social que les travailleurs ont besoin de reproduire. On verra dans les prochaines semaines et les prochains mois si les travailleurs de la base vont prendre possession de leur organisation et construire un mouvement syndical avec une politique indépendante.

Car ce sont tous les travailleurs qui sont attaqués en ce moment! Les travailleurs sont rétribués en partie sous la forme d’un salaire social, à savoir un montant qui leur est retiré sous la forme d’impôt pour leur être remis sous la forme de biens et de services sociaux. Or, les coupures sont des diminutions de salaire imposées aux travailleurs par les détenteurs de capitaux : les travailleurs reçoivent tout simplement moins en échange de leur force de travail.

Le gouvernement des détenteurs de capitaux et ses policiers disent aux étudiants « de la fermer » à coup de lois et de matraque. Pensez-vous que les étudiants vont en rester là? Qu’ils vont finalement baisser la tête et rentrer dans le rang? Ces étudiants contestataires sont un souffle nouveau qui peut réanimer le mouvement des travailleurs qui a peine à respirer. Ces jeunes sont donc le sang nouveau de la classe travailleuse! Oui, elle existe toujours la classe des prolétaires (ceux qui ne possèdent que leur force de travail) : tellement les prolétaires occupent toutes les sphères de la société, on arrive difficilement à les distinguer. Les étudiants contestataires doivent donc donner une expression politique à leur contestation en expliquant le caractère de classe de leur revendication : ils y gagneront une force sociale capable de bâtir une société et, premièrement, une école plus humaine.

Orienter les étudiants et les travailleurs vers la construction d’un mouvement indépendant de travailleurs politiques, c’est tirer les leçons des victoires et des défaites du Printemps érable 2012. Le nouvel étalon pour mesurer le succès des mobilisations, ce n’est plus seulement le nombre de manifestants, mais aussi la composition sociale des manifestations et surtout l’accroissement de l’unité et de l’indépendance politique des travailleurs — la seule véritable alternative aux partis des détenteurs du capital (PLQ, PQ, CAQ).

Ces jeunes veulent entrer et poursuivre leur vie sur le marché du travail avec leur propre voix. Si un noyau se forme autour de cet objectif, ils auront fait un pas de plus vers la formation d’un parti politique de travailleurs salariés et l’élection d’un gouvernement des travailleurs et des petits agriculteurs à l’Hôtel de Ville, à l’Assemblée nationale et à la Chambre des communes! Ce gouvernement, entre autres, réorientera l’économie vers la production de richesses sociales, augmentera substantiellement le salaire minimum, réinvestira dans les programmes sociaux et appuiera les travailleurs dans leurs luttes pour de meilleures conditions au travail et dans les autres sphères de leur vie — la qualité et la sécurité environnementale entre autres. Il n’y a donc qu’un moyen pour atteindre l’équilibre budgétaire : que les propriétaires de capitaux payent la dette de leur gouvernement en puisant dans leur propre poche, pas les nôtres.

 

Éloge du rideau de douche par Samuel Nepton

Voici un texte de Samuel Nepton, étudiant à la Faculté de philosophie de l’Université Laval.

Le texte a été composé dans le cadre du cours de Rhétorique ancienne, tout comme celui de Rodolphe Giorgis.

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« On ne naît pas femme, on naît humide » – Simone de Beauvoir, vers la fin de sa vie.

 

Depuis que les hommes se sont mis à penser, le savoir a servi à l’action et l’utilisation pratique dans le monde. Telle est par ailleurs la raison d’être de la philosophie. Bien que Platon et Socrate nous parlaient du monde des idées où la vérité elle-même loge, jamais ils n’ont clamé que l’homme devait se détourner de notre monde pour se perdre dans l’immuable. Ce qui a toujours intéressé les hommes sages et sagaces, c’est le mélange ; comment le Beau, l’Utile ou le Juste s’incarnent dans nos vies et dans nos villes ? Le philosophe vous le dira, car son devoir est d’élever notre vue, d’améliorer notre sort, et ce, en dévoilant où est la vraie beauté en voyant au-delà des apparences. Pourtant, parmi tant de grands hommes qui firent l’éloge de la beauté, aucun d’entre eux n’a eu le courage de parler d’un être véritablement beau pour ce qu’il est, ne s’attardant qu’à la beauté extérieure qui est si facile à vendre. Or, cette action est des plus nécessaires, car quelle injustice plus terrible y aurait-il à se débarrasser d’un objet vraiment beau, d’un véritable silène, par la faute de nos yeux insatiables qui recherchent toujours une nouvelle beauté éphémère et superficielle ? Aucune, parce le mal est causé à la justice elle-même ainsi qu’à nos propres vies. Et pourtant, cette injustice est propre aux bourgeois de nos cités, ceux qui sont avares, individualistes, excentriques, gaspilleurs et ignorants. Effectivement, il est de notre devoir de les avertir qu’il ne faut point sacrifier le rideau de douche de leur foyer pour une froide et impersonnelle porte de douche en verre biseauté. Mais même si ces mots visent à préserver de la perte ce que les uns vont jeter, prenez-les aussi pour une invitation à apprécier les vraies belles choses : celles qui anoblissent nos vies et dont on ne pourrait se passer. Il vous faut être, ce faisant, extrêmement attentifs, car si les bourgeois nous imposent leurs « valeurs », c’est le tissu social même qui perdra la sienne, tombant dans un relativisme froid et insatiable.

Que disent au fait ceux qui s’opposent aux rideaux de douche ? Ils ont principalement deux raisons que je traiterai ici, les autres ne valant même pas la peine d’y perdre un peu de notre temps. Combien de fois ai-je entendu de la part de ces petits fortunés le célèbre : « M. Nepton, avec le temps, il y a toujours une accumulation de calcaire qui se forme au bas des rideaux de douche, une sorte de crasse que l’on ne retrouve pas avec une belle porte de douche » ? Je ne les compte plus, mais à chaque fois, ma réponse est la même : je leur accorde ce point, car il ne sert à rien de nier les faits. Pourquoi nier ce qui n’est pas un problème ? Cette saleté, le rideau la gagne par le travail. Elle est la marque d’un travail honnête et d’un service que nous rend le rideau. De quel droit pouvons-nous blâmer d’être crasseux celui qui se salit pour notre bonheur ? Lorsque vous récupérez au garage l’automobile qui se devait d’être réparée, refusez-vous de payer le garagiste parce qu’il est crasseux et sali d’huile ? Le méprisez-vous, celui dont le travail est salissant, mais honnête et utile ? Comment le pourrait-on ? Sommes-nous aussi peu vertueux que les bourgeois de la plume de Maupassant qui méprisaient Boule de suif ? Celle qui, pour leur liberté, passa la nuit dans le lit de l’officier Prusse, à leur demande, à leurs supplications, pour ensuite être traitée de femme libertine une fois service rendu. Sommes-nous si vils ou bien sommes-nous civilisés ? Le garagiste qui s’est sali, nous le savons, ira se laver par la suite, alors qu’il nous revient de nettoyer nos rideaux, de laver au fur et à mesure cette accumulation de calcaire. Toutefois la dignité d’un être n’en est pas amoindrie s’il ne peut lui-même pratiquer ses ablutions. Ceux qui reviennent de la guerre paralysés, ceux-là mêmes qui ont servi leur patrie et défendu votre honneur, leur refusez-vous tout remerciement, toute dignité, parce qu’ils ne peuvent plus se faire la toilette ? Ce que les bourgeois blâment vraiment quand ils pointent la crasse, ce ne sont pas les rideaux, mais leur propre paresse. À quoi bon remercier, à quoi bon entretenir quand l’argent peut remplacer ? Pour eux, toute chose a une valeur, non pas une dignité certes, mais un prix.

Par contre, si on fait remarquer à ces ingrats la conséquence de leur incohérence, ils changent rapidement de sujet. « Non, bien sûr que nous reconnaissons leur valeur, disent-ils, ce n’est pas par lâcheté que nous préférons les portes de douches, mais elles sont moins embarrassantes : les rideaux viennent se coller contre nous au moindre courant d’air ». Ce qu’ils ignorent cette fois, c’est qu’il faut rechercher et apprécier ce trait des voiles de douche. Imaginons un instant qu’il y est un courant d’air frais (ce qui par ailleurs est plutôt la faute de l’isolation que du rideau lui-même) et que ce dernier vient alors se coller contre nous, ceci s’explique par la différence de pression qui se produit entre le froid de l’air et la chaleur de notre peau ruisselante d’eau chaude. Si l’eau de votre douche était fraîche, le rideau jamais ne viendrait se coller. Or, comme vous le savez sûrement contrairement à eux, prendre sa douche à l’eau froide est infiniment meilleur pour la santé. C’est non seulement bon pour la peau qui paraît plus saine et lumineuse, mais elle évacue aussi le stress, lutte contre la cellulite, contre les gueules de bois, fait passer les migraines, l’insomnie et les maux de ventre, stimule le système immunitaire et apaise le cuir chevelu. Sans oublier messieurs que pour vous, l’eau très chaude est mauvaise pour votre production de spermatozoïdes. Ainsi, ce que fait réellement le rideau de douche, ce n’est que vous avertir de l’erreur que vous commettez. Le meilleur conseiller est celui qui vous dit ce que vous devez entendre même si cela vous est pénible, celui qui vous ramène vers le juste milieu, plutôt que de vous flatter et endormir votre vigilance. Oui, la douleur peut nous sembler un mal, mais que nous arriverait-il sans elle ? Si par mégarde vous déposez votre main sur le rond allumé de votre cuisinière, le mauvais conseiller ne dira rien pour ne pas vous déranger, mais le bon conseiller, la douleur, l’enlèvera tout de suite afin de préserver votre main d’une brûlure au troisième degré. Évitez-vous les regrets, ne vous mettez pas aux « si j’avais su », « pourquoi ne l’ai-je pas écouté ? » Le rideau de douche prône la tempérance, il est infiniment plus louable que la porte en verre biseauté qui ne soufflera jamais mot sur la chaleur de votre eau et qui, par la flatterie, vous cache l’accès à une meilleure santé et à un mode de vie plus sain.

Il est clair ce faisant que les bourgeois n’ont pas de légitimes accusations envers nos loyaux conseillers. En fait, il est même de mon devoir moral d’en parler en plus grand bien que je ne l’ai encore fait. Tout d’abord, remercions l’intelligence collective qui a fait du rideau de douche le compagnon par excellence de nos chambres de bain. Ce n’est effectivement pas tout le monde qui peut s’offrir une dispendieuse porte en verre ni n’a suffisamment d’espace dans sa demeure pour poser un tel éléphant blanc. Le rideau de douche convient en toutes circonstances et pour tous. Va-t-on le rabaisser parce qu’il est accessible ? Sommes-nous rendus si individualistes dans nos sociétés au point que pour apprécier quelque chose, nous devons être le seul à l’avoir ? Est-ce ainsi que nous obtenons notre reconnaissance ? Bien sûr que non. Il faut cesser de mettre les valeurs d’une société et de diriger les envies du peuple dans les biens les plus chers, ceux que l’on associe à « l’élite ». Où est le bonheur dans l’envie de l’impossible ? Où est le bonheur dans la jalousie du voisin ? Où est le bonheur dans la déception ? Ce que la philosophie nous apprend, c’est que le secret de ce fameux bonheur, ce n’est pas d’avoir ce que l’on désire, mais de désirer ce que l’on a. C’est se rendre compte que le gazon sera toujours plus vert dans la cour d’à côté. Rechercher activement le changement, entraîné par cette illusion, revient toujours à s’apercevoir que notre ancienne pelouse était finalement plus verte qu’on ne le pensait. Cessons de vivre seuls tous ensemble, de vivre avec des autres qui nous servent à nous comparer. Ce qui fait qu’un peuple est un peuple, ce n’est pas les envies de chacun, ce sont les valeurs de tous. C’est ce que nous partageons ensemble, ce qui nous rapproche et non ce qui nous divise. Nous avons tous un bain ou une douche, nous en avons tous besoin et tous peuvent se procurer un rideau à leur goût. Le rideau le plus cher reviendra toujours à la fraction du prix d’une porte en verre. Laissez les « rois du monde » se complaire dans le luxe, laissez-les s’isoler et se vanter de la supériorité de leur possession matérielle. Qui possède un rideau partage des valeurs et ce sont ces valeurs qui tiennent le tissu social fort et résistant. Il en résulte une fibre patriotique solide à l’image même de ce loyal compagnon qui ne demande qu’à nous aider quand nous perdons pied. Le saisir, c’est reposer sur des épaules fiables.

Or, le rideau de douche est non seulement mille et une fois plus louable que la porte en verre, mais il l’est aussi plus que bien des objets que nous considérons « essentiels ». Peut-on aujourd’hui se passer de cellulaire ? Difficilement direz-vous. Mais si je vous l’enlève, ai-je atteint quelque chose à votre personne ? Vous sentez-vous attaqué, nu ou dévisagé dans la rue ? Personne ne le croirait. Par contre, il est bien pire d’être privé de son rideau de douche, car dès lors c’est à notre pudeur que l’affront est causé. Entrez sans cogner pendant que quelqu’un s’habille et vous comprendrez à quel point la pudeur est essentielle. Instinctivement, vous détournerez le regard pendant que l’autre tentera de se cacher. Pourtant, nous sommes tous faits selon le même modèle, il n’y a pas sous ses sous-vêtements quelque chose qui vous serait inconnu. C’est que la pudeur est une protection plus fragile, mais plus importante que ne le sera jamais aucune armure, car brusquez-la, retirez-en le droit et vous attaquez non seulement la personne, mais l’humanité tout entière et le respect qui lui est dû. Dès que l’homme développa ses techniques, il s’habilla, préserva cette dimension privée que nul ne peut lui voler, mais que l’on peut trahir. Nous avons conservé cette tradition jusqu’à aujourd’hui, cette habitude qui est de se vêtir, mais nous devons parfois momentanément nous en séparer. Lorsque nous devons nous doucher par exemple, nous nous mettons à nu, nous sommes extrêmement fragiles et ce qui sépare notre pudeur des yeux des autres, c’est notre rideau. Laissez-moi vous parler par exemple de cette jeune fille dont la famille modeste ne possédait qu’une chambre de bain pour 5 enfants et 2 adultes et dont la porte n’avait aucun verrou. Lors de sa douche, tout ce qui l’épargnait du regard des autres qui entraient pour se brosser les dents ou pour chercher quelque chose, c’était ce précieux écran de plastique. Il n’y avait pour cette jeune fille pas de plus grand bien dans cette maison. Si vous écoutiez votre nudité, ne vous dirait-elle pas : « Habille-moi, protège-moi ! Jette un rideau devant les yeux qui me scrutent, des yeux qui cherche à rire d’un côté, à s’exciter de l’autre. Ne me laisse pas découvert pour n’importe qui, car je te suis sacrée, quelque chose en moi tient de ta dignité, quelque chose en moi te fait être humain. Je ne suis rien, et pourtant je suis tout. Ne me partage qu’avec l’amour, qu’avec la confiance. Laisse-moi être apprivoisée, tu me le dois, car si tu ne me respectes pas, comment pourrais-tu te respecter toi-même ? » Privez-moi de mon rideau de douche et vous privez mon humanité de sa pudeur.

Ainsi, de par mon allégeance à la philosophie, de par cette quête de vérité, mon devoir consistait à élever votre vue. Comprenez-vous désormais à quoi ressemble un être qui est beau en lui-même ? Le rideau de douche peut-être plaisant à votre vue certes, mais il est surtout honnête, dévoué et de bon conseil, accessible, loyal, solide et solidaire, tempérant, tout en étant le gardien de votre pudeur et le protecteur de notre humanité. Si de par mes sages propos vous avez pu contempler un bref instant par-delà l’écran du superficiel, par-delà le mystère, le lieu où réside la vraie beauté, vous vous honorez et me comblez. Que ces paroles de Chapelan puissent couronner mon discours : « Il déteste la vérité par pudeur, parce qu’elle est nue », disait ce fervent croyant qui lui de même ne cherchait pas à assurer sa foi dans l’évidence, non, mais dans le mystère. L’homme est jeté et perdu dans un brouillard opaque, mais au loin transparaît une lumière dont on ne sait quelle est origine. Chaque pas nous en approche, nous le savons, même si nous n’en comprenons pas la source. C’est précisément cette quête de sens, l’homme cherchant à entrapercevoir Dieu par-delà son rideau, cette éternelle ascension, cette escapade dans la pudeur divine, qui nous stimule, qui rend la vérité si belle et la vie valant d’être vécue. Appréciez vos rideaux de douche ! Ne les remplacez pas par ce que vous croyez être plus beau, car sinon vous n’avez rien compris au sens de notre vie. L’homme est un homme grâce au travail, grâce à la pudeur miroir de son âme, grâce à ses valeurs partagée et fondée dans l’humanité. C’est dans ces sanctuaires que réside la beauté, non dans l’artifice. Apprenez à aimer le brouillard, et à vous nourrir de son mystère. Ne recherchez plus que la vraie beauté, non celle qui s’exhibe, dans toute sa nudité, afin de vendre ses charmes à l’impatient, à l’affamé. Toute vérité n’est pas bonne à dire, toute vérité n’est pas belle à voir. C’est précisément celle que l’on ne voit pas qui plaît le plus, car la pudeur est le parfum de la volupté. J’estime ainsi avoir rempli mon devoir en amenant la vérité à votre cœur et l’humour à votre humeur.

Éloge paradoxal du cactus par Rodolphe Giorgis

Éloge paradoxal du cactus par Rodolphe Giorgis

« (…) Et on cueille le fruit comme on cueille les entrailles » -Prophète Julius Nadeau

Il n’est pas rare qu’un individu soit prompt à porter un jugement négatif lorsque l’objet qu’il juge lui inspire au mieux une indifférence notoire et au pire un profond dégoût. Or la hâte ne devrait pas faire figure de vertu, ni la précipitation de méthode lorsque l’on désire juger bien, c’est-à-dire découvrir le vrai sur un objet. Il convient donc d’exercer prudemment et avec parcimonie notre capacité de juger, afin d’enrichir ensemble le champ de notre connaissance. Il existe, dans une contrée fort différente de la nôtre à bien des égards, une plante à l’aspect austère et commun : le cactus. C’est de cela que je désire vous entretenir aujourd’hui. Qu’un tel sujet puisse paraître indigne de votre attention, je ne l’admets point, et j’entends ici vous expliquer pourquoi. De quel critère faudrait-il user pour choisir le thème d’une conversation ? En vertu de quelle notion pourrait-on déterminer qu’un sujet mérite d’être traité et qu’un autre doive se résigner à n’être jamais abordé ? Est-ce son degré de popularité ? Est-ce son caractère actuel ? S’agit-il de sa beauté, de sa puissance ou encore du désir qu’il inspire aux hommes ? Cela ne doit nous importer : vous êtes encore en train de m’écouter et si cela n’est pas dû à votre intérêt pour le cactus, j’en conclus que vous accordez suffisamment de confiance à mon jugement. Dans les deux cas, je vous propose donc d’entendre ce que j’ai à vous dire, pour être par la suite en mesure de juger par vous même, avec toute l’assise et la sagesse que vous saurez déployer, de la qualité de cette plante verte majestueuse et dont les vertus sont trop méconnues.

De cette plante à l’aspect, je vous le disais, austère et commun, que peut-on dire ? Elle sera souvent décriée et malgré ses innombrables qualités que je vous exposerai tout à l’heure, le cactus subit un traitement rude. Il me semble pertinent de vous entretenir quelques instants des conditions de vie des Cactaceae. Vivants presque exclusivement dans des terres arides, les cactus sont soumis à des conditions de vie exigeantes : journées chaudes et nuits glaciales, ainsi qu’une faune à l’affût de la moindre subsistance potentielle. Le cactus est souvent muni de piquants, et c’est un défaut esthétique et pratique qu’on aime à lui attribuer. Ses excroissances épidermiques peuvent se munir d’épines, mais condamnons-nous un homme de se couvrir pour se prémunir contre les intempéries ? Ces attributs d’apparence hostile ne servent en effet la plupart du temps qu’à assurer une fonction régulatrice de la température de la plante, et s’il advient qu’elle la protège aussi d’êtres animés de mauvaises intentions à son égard, il s’agit d’une aptitude admirable que seul un sot pourrait songer à reprocher à un végétal vivant dans un milieu si peu accueillant. Combien d’entre vous en effet ne songeraient à se couvrir en hiver ? Lequel, encore, se laisserait détruire ou dévorer par une bête sauvage sans opposer quelque résistance ? La nature donna à l’homme la raison, et au cactus l’épine ; on ne peut, je pense, l’en blâmer. Son aspect est quelconque, j’en conviens. S’agit-il pour autant de lui en tenir rigueur ? Est-ce une raison suffisante pour qu’il ne vaille pas la peine d’en faire l’éloge ? Permettez-moi de reformuler cette question afin de vous laisser en articuler la réponse : faut-il faire uniquement l’éloge d’une chose à l’aspect extraordinaire ? Il ne me semble pas souhaitable que l’apparence, bien qu’elle puisse contribuer à la qualité d’un objet, constitue  l’exclusivité de la visée du discours ! Arrêtez moi, je vous en prie, s’il n’y a point d’objets dans vos vies dont vous feriez maintes fois l’éloge malgré leur aspect banal ! Le crayon, moyen d’expression universel et permettant au sage de coucher sa verve sur le papier au profit du plus grand nombre, n’est-il pas d’une apparence commune ? Non, l’apparence quelconque du cactus dont j’admets volontiers la réalité ne doit lui être tenue pour rigueur.

Un dernier outrage dont ce végétal est trop souvent victime et qu’il m’incombe de réparer devant vous est le caractère inutile qu’on lui attribue. Rien n’est moins vrai. Loin de n’être qu’un morne monticule verdâtre sur le sol granuleux du désert, il est en fait source d’hydratation, d’alimentation et d’abri pour des êtres vivants. Il permet le développement d’un écosystème original et singulier au milieu d’un environnement qui n’y est généralement pas propice. La vie, me semble-t-il, est préférable à la mort. Or le cactus, qui permet la vie dans un contexte où celle-ci est difficile, ne reçoit pas les louanges qu’il mérite pour ce bienfait considérable. Au contraire, il est injustement taxé d’inutilité. Je soutiens, moi, qu’il joue un rôle bénéfique dans le monde duquel nous tous ici faisons partie. Voyez comme nous sommes loin de la plante hostile, banale, et inutile qui est bien souvent dépeinte, et considérez tout ce qui peut encore être dit à son sujet !

Si votre opinion sur le cactus reste inchangée, écoutez encore : bien que l’habitat du cactus soit un univers rude et périlleux, il serait réducteur de limiter la réflexion menée à son sujet à  son attitude dans les étendues désertiques d’où il tire son origine, mais il convient de l’envisager également dans un milieu qui n’est pas son  milieu naturel. Qu’observe-t-on lorsqu’on le contemple sous un différent jour ? Nombreux sont les individus qui font l’acquisition de plantes vertes. Le cactus est parfois choisi et il n’est pas rare d’en croiser sur un bord de fenêtre ou sur une table basse. J’attire cependant votre attention sur un détail qui a son importance, et qu’il convient de d’expliquer avec soin : cette plante adaptée à une existence rude démontre d’extraordinaires aptitudes à embellir le quotidien de son propriétaire. La photosynthèse, par exemple, est un procédé utile lorsqu’en plein hiver, le changement d’air d’une habitation se solde également par chute de la température de celle-ci. Le cactus, en bon colocataire, se fait alors une joie d’embrasser pleinement sa quiddité de plante et de changer le dioxyde de carbone en oxygène la journée, et l’oxygène en dioxyde de carbone la nuit, assurant ainsi un renouvellement sain de l’air de la pièce sans faire descendre le mercure. Par son apparence, le cactus peut aussi satisfaire certains hommes et certaines femmes qui apprécieront ses formes bombées et ses épines fières. De même qu’on mesure la grandeur d’un homme à son aptitude à interagir avec autrui, force est de reconnaître que le cactus montre une constante performance dans son rapport au monde. Capable de survivre en toute circonstance, doté d’une résilience exceptionnelle, il est également plaisant au quotidien. L’homme qui possède ces vertus fait, il me semble, l’objet de nombreuses louanges ! Pour quelle obscure et discriminante raison le cactus en serait-il exempt ? Il m’est difficile de m’arrêter, car beaucoup d’autres qualités font du cactus un agrément domestique irremplaçable.

Mais je crois en avoir dit suffisamment pour vous permettre de juger par vous-même, ce que je m’étais proposé de faire. Je ne crois pas laisser de possibles raisons de blâmer le cactus, et si toutefois il y en avait, elles ne pourraient s’appuyer sur l’extraordinaire capacité d’adaptation de ce prodigieux végétal, sur laquelle chacun de nous devrait prendre exemple ; ni sur aucune des caractéristiques dont j’ai mentionné l’existence, car alors celui qui proférerait de telles accusations aurait simplement à m’écouter pour comprendre qu’il est dans l’erreur. Si je prononce ce discours, sachez toutefois que je ne fais que présenter devant vous des faits. N’ai-je point demandé en effet à de multiples reprises votre approbation ? En vérité, le cactus vous a fait de lui-même et à travers moi sa défense face aux calomnies incessantes dont il est injustement victime. Non content de s’être défendu, il s’est aussi imposé comme un compagnon de choix, et pensez donc à ce végétal qui non content d’être agréable à l’homme va jusqu’à créer la vie. Considérez, pour votre propre bien, cette plante si merveilleusement ordinaire qu’elle est capable d’être à la fois la plus discrète des choses et le plus utile des ornements. Jugez, enfin, et rentrez chez vous avec une opinion sur le cactus qui sera, je l’espère, éclairée non par l’éloge que je viens de vous en faire, mais par la piquante sérénité qui émane de cette plante à la fois sobre, pratique, et démontrant une capacité à être en harmonie avec son environnement, quel que soit celui-ci. Je n’épiloguerai point, mais sachez tout de même que cet éloge reste humble. Pour certains, en effet, dont l’imagination me semble excessive, le monde entier est un cactus.

Évènement à venir – Appel de propositions de communications pour un colloque étudiant

Nous vous partageons les informations importantes relativement à un colloque étudiant en philosophie ancienne et médiévale organisé par des étudiants de la faculté de philosophie de l’Université Laval. Si vous êtes intéressés, faites vite! La date limite est le 20 février, soit ce vendredi. Le colloque, quant à lui, se déroulera dans la journée du 10 avril.


Colloque étudiant en philosophie ancienne et médiévale 2015

Appel de propositions de communications

Pour une première année se tiendra à l’Université Laval le Colloque étudiant en philosophie ancienne et médiévale, une initiative d’étudiants prégradués en philosophie à l’Université Laval. Cet événement entend offrir aux étudiants une opportunité de présenter une conférence sur un thème au choix portant sur la philosophie ancienne ou médiévale. Ouvert principalement aux étudiants prégradués, le colloque reste une opportunité pour tout étudiant qui souhaiterait présenter un sujet accessible à ses pairs. En ce sens, les étudiants souhaitant faire une communication lors de ce colloque sont invités à nous faire parvenir une proposition de communication à l’adresse électronique suivante: colloque.pam.ulaval@gmail.com.
Un comité constitué par les pairs étudiants évaluera les propositions qui doivent correspondre aux critères suivants:
• Texte suivi de 300 à 500 mots;
• Présentation claire de la thèse défendue par le conférencier;
• Proposition d’un titre, qui sera à reconfirmer au moment de préparer l’horaire officiel;
• Le sujet abordé devra être accessible, quoique pertinent;
• Le sujet abordé devra se limiter à la philosophie ancienne ou médiévale. Les présentations qui souhaiteraient faire un lien entre la période ciblée et un auteur d’une autre période ne sont pas formellement exclues, mais la sélection sera faite selon un critère de cohérence avec le thème du colloque;
• Le courriel de présentation doit inclure le nom complet de l’étudiant, son université d’affiliation, son programme ainsi que son cycle d’étude.
45 minutes seront allouées par présentation, en incluant une période de questions à la fin de chaque communication. Tout étudiant ayant soumi une proposition recevra le résultat de la sélection.
L’événement aura lieu le 10 avril 2015 au pavillon Félix-Antoine-Savard. La date de tombée pour l’envoi d’une proposition est le 20 février 2015.

Mot de bienvenue

Bonjour à tous.
L’Immédiat est une initiative d’étudiants en philosophie à l’Université Laval.

L’objectif est d’offrir une plateforme vivante et actuelle permettant la publication de textes à caractère philosophique. En somme, on vous donne la parole! Il suffit de nous faire parvenir votre texte au redaction.immediat@gmail.com, et nous le publierons, après vérification. Une idée à émettre? Un commentaire, une analyse de texte? Nous acceptons tout type de texte, pour autant qu’il soit approprié et en lien évident avec la philosophie. De plus, nous envisageons, dans un futur proche, la formation d’une équipe de contributeurs réguliers.

Nous désirons également y publier de l’actualité philosophique, relativement à des publications ou des événements, par exemple. Or, le centre du projet, c’est vous. Nous pensons que le blogue est un média idéal pour la communication et l’échange d’idées, l’endroit parfait pour y faire de la philosophie. Ainsi, notre ambition est également de permettre à la philosophie de sortir des bancs de l’université. Le format du présent projet permet un échange immédiat, actif , c’est-à-dire en phase avec les nouveaux moyens de communication qui s’offrent à nous ; d’où le choix du nom, «L’Immédiat», qui se veut le reflet de cet aspect.

L’Immédiat est un projet naissant, mais aussi en constante évolution. Nous sommes donc ouverts aux suggestions, afin d’offrir une expérience intellectuelle optimale aux visiteurs et contributeurs. De nouvelles initiatives relativement au contenu, à la présentation du blogue permettront d’en assurer la durée, mais aussi, et peut être surtout, la qualité.

Cordialement,

L’équipe de rédaction de L’Immédiat,
Mathieu Gagnon, Francis Audet, Jade Néron et Julien Jolicoeur-Dugré.